La physiologie humaine est spécifiquement adaptée à la marche pendant de longues périodes. 

Qu’il s’agisse de grimper, de grimper aux arbres ou de nager, nous, les humains, sommes génétiquement programmés pour marcher, pied pour pied, pendant des kilomètres sans nous fatiguer. C’est l’activité la plus naturelle que nous pratiquons, à part la respiration. Il n’est donc pas surprenant que les sages orientaux aient créé le Kinhin, la méditation marchée.

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Kinhin, la méditation marchée

La méditation, qui vient du grec et signifie être conscient, est une pratique dont les origines sont obscures. Mais, c’est dans l’Inde ancienne qu’il s’est répandu comme un outil de connaissance de soi pour assurer l’équilibre et l’harmonie. Là-bas, on l’appelait dharana, le maintien, ou le maintien de la concentration de l’esprit sur une idée exacte.

Les yogis indiens méditaient assis, en croisant leurs jambes fines en fleur de lotus, à la suite de nombreux jeûnes. Une partie de l’aisance qu’ils avaient à rester immobiles pendant de longues périodes provient de la pratique des postures physiques de la Hatha Yoga.

Ce sont les bouddhistes qui ont perfectionné la méditation marchée. Il s’appelle kinhin.

Dans sa forme la plus traditionnelle, chaque pas est effectué après chaque respiration, ce qui entraîne naturellement une marche lente, introspective â et méditative. Les mains doivent être maintenues l’une sur l’autre, la main droite en poing fermé et la main gauche l’enveloppant.

Dans le kinhin, étape par étape, on laisse les pensées derrière soi. Le chemin est la seule chose qui compte ; le marcheur rejoint lentement le chemin. D’après le maître bouddhiste Lama Michel Rinpoché, l’une des principales contributions du Bouddhisme pour la société est la compréhension que la paix mondiale n’est possible que par la paix intérieure. 

La préparation

Marche, est simple et naturelle (et c’est la force de ce type de méditation). Mais avant la pratique, il est nécessaire d’observer quelques précautions qui aident l’esprit à rester vide pendant la méditation.

Dans la méditation marchante, le chemin à emprunter doit être simple, défini à l’avance et sans choix qui se présentent au cours du voyage. Et ce, afin que les décisions concernant la gauche ou la droite ne ramènent pas la conscience du méditant à la vibration plus concrète. Il est déconseillé de marcher dans un cercle trop fermé.

En outre, les pieds doivent porter des chaussures confortables. Enfin, le méditant doit s’assurer qu’il peut accomplir le voyage sans se soucier de l’heure ou regarder l’horloge. En d’autres termes, il est préférable de choisir un chemin court plutôt que d’éprouver de l’anxiété en cours de route.

La méditation marchée est une excellente technique pour les moments où nous sommes tendus, impatient…ou ayant des difficultés à contrôler son esprit.

Pas à pas

Le début du chemin est le moment où nous affirmons l’intention de ce que nous allons faire. En général, la pratique du kinhin vise à calmer l’esprit et à approfondir la respiration. Il vise également à libérer la conscience des problèmes et à atteindre le bout du chemin en ne portant que soi-même, en laissant derrière soi conflits et soucis.

Même si votre objectif est toujours celui-ci, il est important de le définir et de le réaffirmer au début du cours de méditation pour que le subconscient coopère.

La méditation marchée commence. Nous marchons en concentrant d’abord notre attention sur le corps, en observant le balancement de l’équilibre à chaque pas, le mouvement sur les côtés et l’élan vers l’avant de la propulsion.

Le méditant va créer une connexion avec son propre corps. Alors, la pratique de la marche, qui est habituellement excessivement automatique, devient accompagnée par la conscience du méditant. L’esprit accompagne le corps et s’unit à lui.

Le rythme est très important pour la méditation à pied. Les pas lents sont un objectif qui reflète la recherche d’un esprit serein, libre et absorbé par lui-même. Mais il ne s’agit pas de l’objectif principal, mais d’une réflexion, car le plus important est la concentration.

C’est-à-dire que c’est dans l’esprit, et non sur les pieds, que réside le travail de méditation.

Après avoir observé et ajusté votre rythme, le méditant se concentre sur le mécanisme de votre démarche. Les muscles et la respiration retiennent son attention. Les sensations, qui sont nombreuses, servent d’ancrage pour maintenir le méditant dans le moment présent.

Il existe d’innombrables informations que le corps envoie à notre perception et qui passent inaperçues dans la vie ordinaire. Dans la méditation de la marche, chaque sensation des pieds est observée. Chaque respiration, chaque muscle tendu et sa relaxation, ou le poids qui passe d’une jambe à l’autre.

A votre rythme

La méditation à pied ne nécessite pas un rythme excessivement lent. Au Japon, par exemple, les moines marchent à un rythme lent dans les rues. Mais le contrôle requis, pour que des pensées diverses n’envahissent pas l’esprit entre une étape et une autre, fait de ce type de méditation un stade plus avancé.

Celui qui médite en marchant doit se concentrer sur la marche et laisser tout le reste en dehors de son esprit. Si des émotions fortes viennent, la consigne est de laisser l’émotion passer et s’en aller, comme un animal qui traverse le chemin. Parfois, cette pratique permet une purification émotionnelle.

La méditation marchante peut s’étendre, si nécessaire, à l’observation de l’environnement et du chemin. Cela signifie, par exemple, qu’il faut regarder les fleurs et les arbres environnants. Bien qu’il s’agisse d’une technique utile qui inspire et anime, elle exige plus de discipline que la simple marche. Après tout, la pensée peut plus facilement s’échapper lorsqu’elle n’est pas uniquement concentrée sur l’acte de marcher.

L’objectif principal de la marche méditative est d’être présent. C’est-à-dire, attirer l’attention doit être entièrement portée sur le moment détaché de tout ce qui n’est pas le méditant et son chemin. Cela a le pouvoir d’aider le méditant à se libérer des soucis ou des pensées qui réclamaient son attention même en dehors des heures de travail, pour finalement les laisser partir.

La pratique du kinhin peut se faire à différents moments de la journée. Certaines personnes choisissent des situations ordinaires pour méditer, comme marcher jusqu’à une voiture garée ou faire le tour du pâté de maisons.

Techniques avancées de la méditation marchée

Le moine bouddhiste Thich Nhat Han suggère la pratique de metta bhavana pendant la méditation marchée.

Marchant confortablement et sereinement, le méditant cherche en lui la compassion, l’amour et la joie. Le but n’est pas seulement de la ressentir, mais, à chaque pas, d’imprimer cette joie sur le sol où vous marchez et de l’apporter à l’environnement où vous vous trouvez.

En se concentrant uniquement sur ces sentiments, suggère Thich Nhat Han, le méditant invoque une partie de son Bouddha-dhatu, ou nature de Bouddha, et fait ressortir le meilleur de lui-même, écartant la tristesse et les états de confusion mentale. Le marcheur doit progressivement se sentir comme la personne la plus légère et la plus joyeuse du monde, débordant de compassion et veillant à la transmettre à chaque endroit qu’il foule ou touche.

Prochaines étapes

La méditation marchée peut être un complément à la méditation assise, et est donc utilisée dans le cadre de la Monastères zen.

Mais c’est aussi une excellente pratique pour les débutants.

Les états de conscience éclairés, appelés satori ou kenshi dans le bouddhisme et samadhi dans l’hindouisme, peuvent également être atteints par la pratique du kinhin. Mais pour la plupart des maîtres et des adeptes, la méditation marchée est un complément à la méditation assise, une extension naturelle de l’état d’esprit qu’ils ont atteint en s’immergeant dans un silence et une immobilité profonds.